VII

« Ce fut le départ d’un long parcours militant, qui me conduit jusqu’à la Présidence du Parti »

Mon adhésion au PS a été encouragée par Robert Urbain, alors député de mon arrondissement. Je siégeais à ses côtés comme représentant des étudiants au conseil d’administration de l’université de Mons. Il avait vraisemblablement perçu, par mes interventions en séance, que j’étais socialiste de pensée et de comportement.

Un soir, lors d’une interruption de séance, il m’aborde : « Elio, tu devrais t’inscrire au parti. » Je reste dubitatif. Pourquoi fallait-il s’inscrire ? Être socialiste ne suffisait-il pas ? Il insiste : « Va chez Jean Calmeyn, le secrétaire de la section de Mons, il te donnera un carnet et des timbres. » Ma perplexité est totale.

L’idée d’être encarté, réduit à un carnet de timbres, m’est plus que pénible. J’étais, il faut dire, un adepte de la « liberté libre » célébrée par Arthur Rimbaud. Mon mode de vie se voulait indépendant et je cultivais l’autonomie en toute chose. Je regardais donc tous les carnets et toutes les cartes de membre avec une méfiance sans pareille.

Au conseil d’administration suivant, Robert Urbain revient à la charge et je finis par céder à ses arguments. « L’action collective est la seule qui peut changer le monde », me dit-il. Convaincu et finalement presque enthousiaste, je me rends chez le secrétaire de la section locale et je paie mes premiers timbres au parti. Je ressors avec un beau carnet rouge, le premier d’une longue série !

En février 1980, je devais me rendre à l’université de Berkeley, en Californie. Je rêvais d’y faire carrière. J’avais en poche mon billet d’avion quand Robert Urbain – encore lui – me téléphone : « Jean-Maurice Dehousse recherche un collaborateur scientifique pour son cabinet. »

Le ministre Dehousse était alors président de l’exécutif régional wallon, le gouvernement wallon de l’époque, et membre du gouvernement national. Un rendez-vous est pris. J’arrive à 17 heures au cabinet, mais je ne suis reçu que vers 2 heures du matin : le ministre avait la réputation de travailler beaucoup, y compris la nuit !

Il me pose quelques questions et finit par me dire : « Vous avez le profil souhaité, Robert m’en avait d’ailleurs parlé. Pouvez-vous commencer demain ? »

C’était impossible. J’avais déjà la tête aux États-Unis et je ne pouvais décemment pas annoncer à ma compagne Martine que tout était annulé le jour même.

Un changement aussi radical dans notre vie demandait de la réflexion et une préparation. Je demande donc au ministre quinze jours de réflexion. Considérant sans doute ma demande comme outrecuidante, il insiste : « Pourquoi pas dès demain ? »

Nous finissons par nous accorder sur un délai de trois jours, au terme duquel j’opte définitivement pour la vie politique.

À cette époque, le président de la Centrale générale de la FGTB, le Montois Jean De Nooze, m’invitait parfois à l’accompagner quand il se rendait à Bruxelles. J’étais alors, après ma première expérience au cabinet du ministre-président, conseiller du ministre du Budget et de l’Énergie Philippe Busquin.

Jean De Nooze était un syndicaliste de terrain, avec une connaissance exceptionnelle des dossiers et des hommes. Il était également d’une bonté rare. Il me prodiguait ses généreux conseils sur un mode quasi paternel. C’est lui qui m’a ouvert les yeux sur l’importance des structures. « Si un jour tu veux faire de la politique sérieusement, tu auras besoin de l’appareil du parti. Implique-toi en interne ! » m’a-t-il judicieusement recommandé.

Quelques années plus tôt, j’hésitais à m’inscrire au PS comme simple affilié, et voilà que je recevais l’injonction de m’engager corps et âme dans ses structures…

Je suis d’abord devenu secrétaire des jeunesses socialistes de ma ville de Mons. Ce fut le départ d’un long parcours militant, qui m’a conduit jusqu’à la présidence du parti.

Ce que j’aimerais vous dire…

Ce que j’aimerais vous dire…