II

« Mon enfance et mon adolescence impécunieuses ont joué un rôle déterminant dans ma manière d’appréhender l’existence et de prendre part à la société. »

Le pays où je suis né, la Belgique, a fait de moi un président de parti et un Premier ministre.

Mon père quelques décennies plus tôt, n’aurait jamais imaginé une telle chose ! C’est son sacrifice et celui de ma maman qui m’ont permis, à moi, enfant d’une famille pauvre, de passer des ténèbres de la pauvreté à la lumière d’une vie passionnante.

Un jour d’août 1952, l’un de mes frères, Guido, devait se marier officiellement à la maison communale. À l’époque, cet acte était considéré par les Italiens comme une simple formalité administrative. Pour eux, seul comptait le mariage à l’église, avec son cortège de vêtements de cérémonie, son décorum qui faisait rêver et la grande fête qui allait suivre. Ce matin-là, mon père a fait un rapide calcul et estimé qu’il n’y avait pas assez de poulets pour faire honneur aux convives attendus. Il a pris son vélo et s’est rendu à la ferme voisine pour s’approvisionner. En chemin, il a été soudain happé par un camion-citerne. Traîné sur plusieurs mètres, il s’est cogné violemment la tête contre le sol. Il est décédé quelques heures plus tard dans un lit d’hôpital. J’avais juste un an.

Maman est restée seule avec les sept enfants, veuve, sans revenu, ne connaissant pas un mot de français. Trois de mes plus jeunes frères ont été placés dans un orphelinat. Ma sœur et mes frères plus âgés sont restés quelque temps encore à la maison. Quand ils se sont mariés, je suis resté seul avec Maman.

Les années se sont égrenées, faites de sacrifices et de privations. Mes frères plus âgés et ma sœur nous ont aidés autant qu’ils l’ont pu. Démunie matériellement, ma mère débordait de générosité et m’offrait sans compter sa tendresse et son amour. Notre univers, à elle comme à moi, se bornait à la cité et à la répétition monotone de journées sans surprises ni distractions.

J’avais 16 ans quand, pour la première fois, je vis la mer du Nord.

Ce que j’aimerais vous dire…

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