IV

« J’ai pris la décision de me porter candidat pour représenter les étudiants. Ce fut ma toute première élection. »

C’est au cours de mes études universitaires que j’ai réellement développé ma conscience politique. La chimie m’intéressait, mais elle ne comblait pas ma soif de comprendre le monde et je ressentais au plus profond de moi un désir invincible de combattre les injustices.

Pour le dire simplement, j’étais révolté. Révolté par mon propre passé, révolté aussi par la situation de toutes les personnes victimes de la pauvreté, de l’exploitation et de la discrimination.

Mon enfance et mon adolescence impécunieuses, c’est une certitude, ont joué un rôle déterminant dans ma manière d’appréhender l’existence et de prendre part à la société. J’ai dès lors mené deux vies d’étudiant en parallèle. L’une, appliquée et studieuse, était comme un tribut payé à celles et ceux qui m’avaient permis de me hisser jusqu’à l’enseignement supérieur.

J’avais conscience de devoir mener ma tâche à bien. Dans un état de concentration rarement pris en défaut, j’étudiais, je résolvais des milliers d’exercices de mathématiques et je finis par acquérir une maîtrise complète des formules chimiques les plus sophistiquées.

Ma deuxième vie d’étudiant se déroulait loin des syllabus et des laboratoires. Dès que j’avais fini d’étudier, je participais à une foule d’activités sociales et j’éprouvais un plaisir immense à échanger des réflexions sur le fonctionnement de notre société, dont bien entendu notre microcosme universitaire.

Tant et si bien qu’un jour, j’ai pris la décision de me porter candidat pour représenter les étudiants. Ce fut ma toute première élection : je suis devenu le représentant des étudiants au conseil d’administration de l’université de Mons. Là, j’ai appris l’écoute et l’analyse des situations complexes.

Je me suis également initié à l’art du compromis. J’avais par exemple décidé de sortir certains responsables universitaires de leur torpeur et de leur immobilisme.

Deux cités logeaient les étudiants. L’une était réservée aux garçons, l’autre aux filles. Je me suis d’abord fixé pour objectif de rendre mixte la cité des garçons. L’idée avait ses sympathisants, mais le conservatisme ambiant empêchait le directeur des cités d’avancer. J’avais heureusement la sympathie du recteur Jacques Franeau, un esthète de grand talent, professeur de physique, qui prit le parti de me soutenir.

À force de persuasion, j’ai remporté une belle victoire : deux étages de la cité des garçons seraient réservés aux filles, à la condition de placer un grillage fermé par un épais cadenas ! Conscient du caractère absurde d’un tel contingentement, j’ai vu le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide. Un progrès est un progrès, ai-je pensé, et souvent il en appelle de nouveaux assez rapidement. J’ai donc conclu cet accord avec les autorités universitaires, trop heureux que les filles puissent enfin accéder à la « cité interdite ». Ce fut mon premier compromis… J’en ai signé d’autres depuis, mais celui-ci restera mon fait d’armes héroïque !

Mes études universitaires ont été un bonheur quotidien. Je prenais plaisir à apprendre. La base acquise à l’école technique de Morlanwelz m’avait permis d’être à l’aise avec les configurations scientifiques complexes. Les mathématiques m’ont ensuite enivré. Les intégrales, les lagrangiens, les laplaciens peuplaient mes jours… et mes nuits.

Je me revois à un examen de physique. Le professeur me dit : « Si vous réussissez à faire atterrir Apollo sur la Lune avec des modèles mathématiques, je vous augmente votre cote à 18/20. » Cela restera pour moi l’un des moments les plus exaltants de ma vie étudiante.

J’ai fini par faire atterrir la fusée Apollo. Le bouillonnement intellectuel de ma vie estudiantine n’avait pas de limite. J’y repense chaque fois avec bonheur.

Il faut aller plus loin…

Après l’obtention de mon diplôme universitaire, j’ai entrepris une thèse de doctorat. Le hasard des rencontres m’a mis en contact avec un brillant scientifique qui avait étudié en Californie, Michel Anseau. Il m’a engagé à réfléchir à la mise au point d’un nouveau matériau capable de résister à une chaleur d’environ 2 000 °C.

Après les premiers tâtonnements que doit connaître tout doctorant, je me suis engagé dans le développement d’un matériau néocéramique à base de zircon et d’alumine. Durant plus de trois ans, je me suis consacré aux travaux de recherche. Une partie de la thèse a été réalisée à l’université de Leeds, en Grande-Bretagne.

Ce que j’aimerais vous dire…

Ce que j’aimerais vous dire…